Interview

Désir et nouvelle relation : entretien avec Amandine Roussel, sexologue à Montpellier

En résumé : Les premiers mois d'une nouvelle relation sont marqués par une intensité du désir qui peut créer autant d'excitation que de malentendus. Amandine Roussel, sexologue installée à Montpellier, décrypte dans cet entretien les mécanismes du désir naissant, les attentes différentes entre partenaires et les erreurs à éviter pour installer une intimité durable.

Amandine Roussel, sexologue — Montpellier
Amandine Roussel
Sexologue — Montpellier
Amandine Roussel reçoit à Montpellier des couples et des célibataires souhaitant mieux comprendre le désir, l'intimité et la sexualité de couple, en particulier dans les premiers mois d'une nouvelle relation. Portrait éditorial — reconstitution d'entretien.

Le cabinet d'Amandine Roussel se trouve à quelques rues de la place de la Comédie, à Montpellier, dans un immeuble discret où se croisent des patients venus parler d'intimité, de désir et parfois de leurs premiers émois amoureux après une longue pause. « Ce qui frappe le plus les nouveaux couples, nous confie-t-elle d'emblée, c'est de découvrir que le désir a ses propres lois, souvent très éloignées de ce que la culture populaire leur a raconté. » Sexologue depuis de nombreuses années, elle accompagne aussi bien des trentenaires en pleine lune de miel amoureuse que des quinquagénaires qui redécouvrent leur sexualité après une rupture.

Pendant cet entretien, Amandine Roussel a accepté de démêler pour nous les mécanismes neurochimiques du désir naissant, les décalages fréquents entre partenaires et les pièges qui, sans qu'on s'en rende compte, fragilisent l'intimité des premiers mois. Un échange direct et sans tabou, mené avec la bienveillance et la précision clinique qui caractérisent sa pratique quotidienne.

Comprendre l'explosion du désir en début de relation

Camille Rousseau : Bonjour Amandine Roussel. Vous êtes sexologue à Montpellier et vous accompagnez de nombreux couples dans les méandres de leur intimité. Pour commencer cet entretien, pourriez-vous nous expliquer ce qui se joue biologiquement et psychologiquement lors de cette fameuse phase de « lune de miel » où le désir semble inépuisable ?
Amandine Roussel :

Bonjour Camille. Effectivement, cette phase initiale, que nous appelons souvent la limerence ou l'énergie de la nouvelle relation, est un véritable feu d'artifice biochimique. Mon cabinet à Montpellier ne désemplit pas de nouveaux couples qui s'interrogent sur la pérennité de cet état. Scientifiquement, le cerveau est inondé de dopamine, l'hormone de la récompense, et de phényléthylamine, une amphétamine naturelle. C'est ce cocktail qui provoque l'euphorie, l'insomnie joyeuse et cette focalisation obsessionnelle sur l'autre. À ce stade, le désir n'est pas seulement physique, il est une quête de fusion totale où chaque sens est en alerte.

C'est une période où l'on projette énormément de fantasmes sur le partenaire. On ne voit pas l'autre tel qu'il est, mais tel qu'on a besoin qu'il soit. Cette idéalisation nourrit une libido débordante car l'inconnu et la nouveauté sont les moteurs principaux du désir sexuel. Dans mes consultations, je remarque que les individus oublient souvent que cet état est transitoire. Il est conçu par la nature pour favoriser l'attachement rapide, mais il ne peut pas durer éternellement sous cette forme paroxystique. Il est donc crucial de savourer ces moments tout en préparant le terrain pour une suite plus stable.

Pour que cette phase ne soit pas qu'un feu de paille, il faut déjà avoir posé des bases saines, notamment lors du premier rendez-vous pour réussir son entrée en matière, car la qualité de la connexion intellectuelle initiale va grandement influencer la profondeur du désir physique par la suite. On estime que cette phase de haute intensité dure entre six mois et deux ans selon les couples. C'est un laps de temps suffisant pour construire une complicité qui prendra le relais de la seule chimie hormonale quand celle-ci commencera naturellement à s'estomper au profit de l'ocytocine, l'hormone de l'attachement.

Enfin, il faut comprendre que ce désir intense peut parfois masquer des insécurités. Certains partenaires utilisent la sexualité comme un moyen de s'assurer de l'intérêt de l'autre. En tant que sexologue, je conseille souvent de décorréler la fréquence des rapports de la valeur que l'on s'attribue. Le désir doit rester un jeu et un partage, non une preuve de validation narcissique. Si l'on arrive à maintenir cette légèreté tout en étant conscient des mécanismes à l'œuvre, on maximise ses chances de transformer cette passion initiale en un amour durable et épanouissant.

Pourquoi le désir n'est pas toujours synchrone entre partenaires

Camille Rousseau : On imagine souvent que dans un nouveau couple, les deux partenaires sont toujours sur la même longueur d'onde. Pourtant, des décalages apparaissent très vite. Pourquoi cette asynchronie du désir survient-elle si tôt ?
Amandine Roussel :

C'est l'un des grands mythes de la rencontre amoureuse : l'idée que si nous nous aimons, nous devrions avoir envie de la même chose, au même moment. En réalité, nous avons tous des « moteurs de désir » différents. Certains ont un désir spontané, qui émerge sans stimulus extérieur, tandis que d'autres ont un désir responsif, qui a besoin d'ambiance, de caresses ou d'une connexion émotionnelle préalable pour s'activer. Ce décalage n'est pas un signe de désintérêt, mais simplement une différence de fonctionnement neurologique et sensoriel qu'il faut apprendre à décoder ensemble.

Les facteurs de stress extérieurs jouent aussi un rôle majeur, même au début. Un nouveau job, des soucis familiaux ou une fatigue accumulée peuvent freiner la libido de l'un alors que l'autre utilise justement le sexe comme un exutoire au stress. Pour mieux comprendre ces dynamiques complexes et échanger avec d'autres personnes vivant ces situations, je recommande souvent de consulter des ressources spécialisées ou des forums de discussion comme annu-forums.fr qui permettent de déculpabiliser face à ces variations de libido. Le simple fait de nommer le décalage permet souvent de faire baisser la tension dans le couple.

Voici d'ailleurs une liste de facteurs fréquents qui créent cette asynchronie au début d'une relation :

  • Les cycles hormonaux, particulièrement chez les femmes, qui influencent la réceptivité sensorielle.
  • Le niveau de fatigue chronique lié au rythme de vie urbain ou professionnel.
  • Les « freins » psychologiques, comme la peur de ne pas être à la hauteur ou la crainte du jugement.
  • La différence entre le besoin de tendresse (réassurance) et le besoin de sexualité génitale.

En consultation à Montpellier, je propose souvent aux couples d'arrêter de compter le nombre de rapports pour se concentrer sur la qualité de la présence. Si l'un des deux se sent forcé ou s'il perçoit l'envie de l'autre comme une pression, son désir va naturellement se rétracter. Il est essentiel d'instaurer une culture du « non » bienveillant : pouvoir refuser une proposition sexuelle sans que l'autre ne se sente rejeté personnellement est le socle d'une sexualité saine. C'est paradoxalement en acceptant que le désir puisse être absent qu'on lui donne le plus de chances de revenir rapidement.

Couple partageant un moment de complicité et de tendresse au début de leur relation

Parler de ses attentes sexuelles sans créer de tension

Camille Rousseau : Aborder le sujet du sexe et de ses préférences peut être intimidant quand on commence à peine à connaître quelqu'un. Comment exprimer ses besoins ou ses limites sans casser l'ambiance ou effrayer l'autre ?
Amandine Roussel :

La communication sexuelle est souvent perçue comme un tue-l'amour alors qu'elle est en réalité le meilleur aphrodisiaque à long terme. Le secret réside dans le « quand » et le « comment ». Il ne faut pas attendre d'être dans la chambre à coucher pour lancer une discussion profonde sur ses fantasmes ou ses limites. L'idéal est d'en parler dans un moment de complicité neutre, comme lors d'une promenade ou d'un dîner, où la pression de la performance est absente. Utiliser le « je » plutôt que le « tu » est fondamental : « J'aime quand nous prenons le temps » est bien plus invitant que « Tu vas trop vite ».

Il est également utile de définir le cadre de la relation dès que possible. Aujourd'hui, les modèles relationnels explosent et il n'est pas rare que les partenaires n'aient pas la même vision de l'exclusivité ou des pratiques. Se renseigner sur les différents types de relations et de monogamie peut aider à mettre des mots sur ce que l'on souhaite construire. Parfois, la peur de parler vient de la crainte de ne pas être « normal ». En tant que sexologue, je passe mon temps à dire que la norme n'existe pas : la seule règle valable est le consentement enthousiaste et le plaisir partagé, quelles que soient les pratiques choisies.

À retenir : La parole ne doit pas être une critique du passé, mais une invitation pour le futur. Parler de ce qui nous fait vibrer est un cadeau que l'on fait à l'autre pour l'aider à mieux nous aimer.

Enfin, je suggère d'utiliser le jeu. On peut par exemple utiliser des cartes de conversation ou des applications dédiées qui posent des questions de manière ludique. Cela permet d'aborder des sujets complexes (comme le rapport au corps, les zones érogènes méconnues ou les fantasmes inavoués) sans que cela ressemble à un interrogatoire médical. Plus on parle tôt de ces sujets, moins ils deviennent des tabous insurmontables. Une sexualité où l'on peut rire d'un moment maladroit est une sexualité qui a toutes les chances de s'épanouir sur la durée, car elle évite l'accumulation de non-dits frustrants.

Les erreurs qui fragilisent l'intimité dans les premiers mois

Camille Rousseau : Quelles sont les erreurs les plus classiques que vous observez chez les nouveaux couples et qui pourraient, à terme, éteindre la flamme ou créer des malentendus profonds ?
Amandine Roussel :

L'erreur numéro un est le « sur-adaptation ». Par peur de perdre l'autre ou par envie de lui plaire à tout prix, beaucoup de personnes acceptent des pratiques qui ne leur conviennent pas vraiment ou feignent un plaisir qu'elles ne ressentent pas. Cela crée un précédent dangereux : vous apprenez à votre partenaire à vous aimer d'une manière qui ne vous correspond pas. Tôt ou tard, la frustration explose. Une autre erreur fréquente est de croire que le désir est un acquis. On oublie de séduire, de se courtiser, dès que la relation semble « acquise », ce qui installe une routine prématurée.

On observe aussi souvent une négligence de l'intimité émotionnelle au profit de l'intimité physique. Si le sexe est excellent mais que la communication est pauvre, le couple s'effondre dès que la libido baisse un peu. À l'inverse, certains couples tombent dans la « fusion totale », oubliant d'entretenir leur jardin secret et leurs activités individuelles. Le désir a besoin d'espace, d'altérité et d'un peu de mystère pour respirer. Si vous êtes ensemble en permanence, il n'y a plus de place pour le manque, et sans manque, il n'y a plus de désir. C'est un équilibre subtil à trouver entre proximité et autonomie.

Erreur couranteConséquence à moyen termeSolution préconisée
Simuler le plaisir ou l'envieRessentiment et dégoût de soiHonnêteté radicale et bienveillante
Négliger le « hors-chambre »Sensation d'être un objet sexuelMultiplier les moments de complicité non sexuelle
Vouloir tout faire ensembleÉtouffement du désir par manque d'airPréserver ses sorties et passions solos
Éviter les sujets qui fâchentAccumulation de bombes à retardementDialoguer dès l'apparition d'une gêne

Enfin, je citerais la comparaison avec les relations passées. Chaque histoire est unique et chaque alchimie sexuelle est différente. Vouloir reproduire avec le nouveau partenaire ce qui marchait avec l'ancien est une impasse. Il faut accepter de repartir d'une page blanche, d'apprendre une nouvelle « langue » érotique. Dans mon cabinet, j'aide souvent les patients à désapprendre leurs automatismes pour se reconnecter à la réalité du corps de la personne qui est en face d'eux aujourd'hui, et non à un souvenir ou à un idéal théorique.

Désir, attachement et peur de l'engagement

Camille Rousseau : Le désir est parfois si fort qu'il fait peur. Certains fuient dès que l'attachement devient trop réel. Comment gérez-vous cette corrélation entre intensité érotique et vulnérabilité émotionnelle ?
Amandine Roussel :

C'est une dynamique passionnante. Pour beaucoup, le sexe est une porte d'entrée vers une vulnérabilité extrême. Se mettre à nu physiquement est une chose, mais laisser l'autre voir notre désir, nos manques et notre besoin de lui en est une autre. Chez les profils dits « évitants », l'intensité du désir peut déclencher une alarme : « Si j'ai autant besoin de cette personne, elle a un pouvoir sur moi ». Cette peur de perdre son autonomie ou d'être rejeté une fois l'intimité consommée peut conduire à un refroidissement soudain, ce que les partenaires vivent souvent comme une douche froide incompréhensible.

À l'inverse, les profils « anxieux » vont chercher dans le désir une réassurance permanente. Ils peuvent devenir demandeurs de sexe non pas par envie réelle, mais pour vérifier que le lien est toujours là. Cela crée une pression qui, ironiquement, fait fuir le partenaire. En thérapie, nous travaillons sur la sécurisation de l'attachement. Le désir ne doit pas être le seul baromètre de la solidité du couple. Il est important de comprendre que l'on peut désirer ardemment quelqu'un tout en gardant son intégrité et sa liberté. L'engagement n'est pas une prison, c'est un choix renouvelé chaque jour.

Conseil : La vulnérabilité n'est pas une faiblesse, c'est le courage d'être soi-même devant l'autre. C'est dans cet espace de vérité que naissent les désirs les plus profonds et les plus durables.

Il faut aussi mentionner le poids de l'éducation et des traumatismes passés. Parfois, le désir réveille des mémoires corporelles enfouies. Une nouvelle relation est un terrain de jeu mais aussi un terrain de guérison. Il est essentiel d'avancer au rythme du plus lent des deux. Si l'un des partenaires ressent le besoin de ralentir alors que la passion est à son comble, ce n'est pas forcément un manque d'amour, mais parfois un besoin vital de digérer l'intensité émotionnelle. Respecter ces temps de pause est ce qui permet de construire une confiance inébranlable, socle indispensable à une sexualité épanouie sur le long terme.

Couple en conversation intime et complice sur un canapé, communication et confiance

Installer une intimité durable au-delà de la lune de miel

Camille Rousseau : Une fois que l'excitation des débuts s'apaise, comment ne pas tomber dans une routine morose ? Comment transformer ce désir « sauvage » en une intimité profonde et créative ?
Amandine Roussel :

La transition entre l'amour-passion et l'amour-attachement est le moment le plus critique pour un couple. C'est là que l'on passe d'un désir « subi » (poussé par les hormones) à un désir « décidé ». Pour maintenir l'érotisme, il faut devenir des architectes de son propre plaisir. Cela signifie ne plus attendre que l'envie tombe du ciel, mais créer activement les conditions de son apparition. Le désir durable se nourrit d'admiration mutuelle, de projets communs et surtout de curiosité. On ne finit jamais de connaître l'autre, son corps change, ses goûts évoluent, ses fantasmes s'affinent.

Pour réussir cette transition, je conseille d'instaurer des rituels de connexion qui ne sont pas forcément sexuels au départ, mais qui préparent le terrain. Voici quelques pistes concrètes que je partage en consultation :

  1. Le « temps de qualité » sans écrans : au moins vingt minutes par jour pour discuter de tout sauf de logistique.
  2. Le contact physique non sexuel : câlins longs, massages, se tenir la main. Cela maintient le niveau d'ocytocine élevé.
  3. L'introduction de la nouveauté : essayer une nouvelle activité ensemble, voyager, ou explorer de nouvelles facettes de sa sexualité de manière ludique.
  4. La valorisation : exprimer régulièrement ce que l'on apprécie chez l'autre, physiquement et moralement.

Il faut aussi accepter que la sexualité change de visage. Elle devient parfois moins acrobatique mais plus intime, plus lente, plus connectée. On passe d'une performance de découverte à une danse de reconnaissance. Les couples qui durent sont ceux qui ont compris que le désir est comme un jardin : si on arrête de l'arroser sous prétexte qu'il a bien poussé au printemps, il finira par sécher en été. L'intimité durable, c'est cette capacité à se réinventer sans cesse au sein de la sécurité du lien.

Enfin, n'oublions pas l'importance de l'humour. Rien n'est plus érotique qu'une complicité qui permet de rire d'une panne ou d'une situation cocasse. Dédramatiser la sexualité permet de lui redonner sa place de jeu. Dans ma pratique à Montpellier, je vois que les couples les plus épanouis sont ceux qui ne se prennent pas trop au sérieux et qui considèrent leur vie sexuelle comme un espace d'exploration infini, sans obligation de résultat ni pression de conformité aux standards des films ou des réseaux sociaux.

Les conseils pour un début de couple épanoui après une rupture

Camille Rousseau : Beaucoup de personnes entament une nouvelle relation après un divorce ou une longue séparation. Le désir est-il vécu différemment dans ce contexte de « seconde chance » ?
Amandine Roussel :

Absolument. Après une rupture douloureuse ou une longue période de célibat, le retour du désir peut être vécu comme une véritable renaissance, mais aussi comme une source d'anxiété. On porte souvent le poids de ses échecs passés, la peur de reproduire les mêmes schémas ou la crainte que son corps ne soit plus « à la hauteur ». Pour ceux qui cherchent une rencontre sérieuse après un divorce, l'enjeu est de concilier l'élan de la nouveauté avec la prudence de l'expérience. Le désir est alors souvent plus conscient, plus teinté de gratitude.

Il est crucial de ne pas se presser. On a parfois tendance à vouloir combler le vide laissé par l'ex-partenaire en brûlant les étapes, y compris sexuelles. Mon conseil est de s'écouter vraiment. Est-ce que j'ai envie de ce rapport maintenant ou est-ce que je cherche simplement à me prouver que je suis encore séduisant(e) ? Se réapproprier son propre corps et son propre plaisir en solo est souvent une étape nécessaire avant de pouvoir s'ouvrir pleinement à un nouveau partenaire. Le désir est bien plus riche quand il part d'un sentiment de complétude personnelle plutôt que d'un manque à combler.

Voici quelques points de vigilance pour ces nouveaux départs :

  • Ne pas comparer les performances ou les habitudes du nouveau partenaire avec l'ancien.
  • Oser dire ce que l'on n'osait plus dire dans sa précédente relation : c'est l'occasion d'un « reset » érotique.
  • Prendre le temps de la séduction verbale, qui est souvent très puissante après des années de routine.
  • Gérer la présentation aux enfants (si présents) sans sacrifier sa vie de femme ou d'homme désirant.

En tant que sexologue, j'accompagne souvent des hommes et des femmes de quarante ou cinquante ans qui découvrent une sexualité bien plus épanouie que dans leur jeunesse. Avec l'âge, on se connaît mieux, on a moins de tabous et on sait l'importance de la communication. Ce « désir de la maturité » est d'une grande beauté car il est ancré dans la réalité et non plus seulement dans le fantasme. C'est une chance extraordinaire de pouvoir se redécouvrir à travers le regard d'un nouveau partenaire qui ne connaît pas nos anciennes limites et nous permet d'en explorer de nouvelles.

La communication verbale et non-verbale au service du plaisir

Camille Rousseau : On parle beaucoup de dialogue, mais le désir passe aussi par le corps. Comment harmoniser les signaux non verbaux pour que la compréhension soit totale entre les partenaires ?
Amandine Roussel :

Le corps parle bien avant que la bouche ne s'ouvre. En début de relation, nous sommes hyper-vigilants aux micro-signaux : une main qui s'attarde, un regard soutenu, une respiration qui s'accélère. Apprendre à lire le langage corporel de l'autre est une forme d'alphabétisation érotique. Parfois, un partenaire peut dire « oui » verbalement par politesse alors que son corps exprime une tension ou un retrait. Être un amant attentif, c'est savoir percevoir ces nuances et avoir la délicatesse de s'arrêter ou de changer de rythme sans attendre une demande explicite.

L'harmonisation passe aussi par le mimétisme et la synchronisation. Respirer ensemble, caler ses mouvements sur ceux de l'autre, c'est créer une bulle de résonance. Dans mes ateliers, je propose souvent des exercices de « regard soutenu » pendant quelques minutes. C'est un outil puissant pour augmenter l'intimité sans passer par le sexe génital. Cela permet de se voir vraiment, au-delà des masques sociaux. La communication non verbale est le socle sur lequel repose la sécurité émotionnelle : si je sens que mon partenaire respecte mes signaux de retrait, je me sentirai plus libre de m'abandonner totalement lors des moments d'élan.

Type de communicationExemples concretsBénéfice pour le couple
Verbale directe« J'adore quand tu fais ça », « Plus doucement »Clarté absolue, gain de temps, efficacité
Non-verbale activeGuider la main de l'autre, gémissementsMaintien de l'immersion, sensualité accrue
Verbale suggestiveMessages coquins, récits de fantasmes, complimentsMontée du désir à distance, anticipation
Non-verbale passiveRespiration synchrone, contact visuelConnexion émotionnelle profonde, apaisement

Il faut encourager ce que j'appelle le « feedback positif ». Trop souvent, on ne parle que de ce qui ne va pas. Or, le désir se nourrit de renforcement. Dire à l'autre « le moment que nous avons partagé hier était incroyable » ou « j'ai repensé à ton baiser toute la journée » est un moteur puissant. Cela crée un cercle vertueux où chacun se sent compétent et désirable. La communication, qu'elle soit faite de mots ou de gestes, doit toujours viser à construire un espace de sécurité où l'exploration est possible sans peur du jugement ou de l'échec.

Les clés d'Amandine Roussel pour une sexualité épanouie sur le long terme

Camille Rousseau : Pour conclure cet entretien, quels seraient vos ultimes conseils pour les couples qui veulent que leur désir reste vivant bien après les premiers émois ?
Amandine Roussel :

Mon premier conseil est de cultiver son propre désir personnel. On ne peut pas attendre de l'autre qu'il soit le seul responsable de notre excitation. Lisez, regardez des films, explorez votre propre corps, maintenez votre curiosité érotique vivante indépendamment du couple. Plus vous êtes une personne « désirante », plus vous serez « désirable ». Mon second conseil est de ne jamais cesser de se découvrir. Considérez votre partenaire comme une terre inconnue, même après dix ans. Il y a toujours une zone érogène qu'on a oubliée, un nouveau fantasme qui émerge, une nouvelle manière de se toucher.

Ensuite, il est essentiel de mettre en place les ingrédients d'un amour durable qui soutiennent l'érotisme : la confiance, l'autonomie et l'admiration. Sans ces piliers, le sexe finit par s'appauvrir. N'oubliez pas que le plus grand organe sexuel est le cerveau. Tout ce que vous faites pendant la journée pour prendre soin de la relation — un message tendre, une aide spontanée, un compliment sincère — est en réalité un préliminaire. Le désir ne commence pas dans le lit, il commence dans la cuisine, dans le salon, dans la manière dont vous vous regardez au quotidien.

À retenir : Le désir n'est pas une destination, c'est un voyage. Il y aura des tempêtes, des périodes de calme plat et des moments d'exaltation. L'important est de rester dans le même bateau et de continuer à naviguer ensemble.

Enfin, si des difficultés persistent, n'attendez pas que le lien soit rompu pour consulter. Un sexologue ou un thérapeute de couple peut aider à dénouer des blocages en quelques séances. Parfois, il suffit de changer de perspective ou d'apprendre un nouvel outil de communication pour que tout reparte. La sexualité est une dimension essentielle de l'être humain, elle mérite qu'on lui accorde du temps, de l'attention et de la bienveillance. Soyez patients avec vous-mêmes et avec votre partenaire. Le plaisir est un apprentissage qui dure toute une vie, et c'est sans doute l'un des plus beaux que nous puissions faire.

Questions rapides : idées reçues sur le désir et le couple — Vrai ou Faux ?

Idée reçue n°1

"Si on ne fait pas l'amour tous les jours au début, c'est mauvais signe."

Amandine Roussel : Faux. La fréquence n'est jamais un indicateur de la qualité ou du futur d'une relation. Chaque couple a son propre rythme biologique et émotionnel. Certains couples fusionnels ont besoin de beaucoup de contacts, d'autres privilégient une intensité rare mais profonde. L'important est que le rythme convienne aux deux partenaires, sans pression ni comparaison avec une norme sociale inexistante.

Idée reçue n°2

"Le désir diminue forcément avec le temps dans une relation."

Amandine Roussel : Vrai et faux. Le désir spontané et hormonal des débuts diminue effectivement. Cependant, il peut être remplacé par un désir intentionnel bien plus riche et complexe. Les couples qui travaillent leur intimité témoignent souvent d'une satisfaction sexuelle supérieure après plusieurs années, car la connaissance profonde de l'autre permet des explorations qu'un nouveau partenaire ne permet pas encore.

Idée reçue n°3

"Parler de ses fantasmes peut effrayer le partenaire."

Amandine Roussel : Faux, à condition d'y mettre les formes. Partager un fantasme est une marque de confiance immense. Cela montre à l'autre qu'on se sent assez en sécurité pour lui livrer son jardin secret. La plupart du temps, cela stimule l'imaginaire du partenaire et ouvre la porte à une complicité renouvelée. Il faut simplement préciser que fantasmer n'est pas forcément vouloir réaliser.

Idée reçue n°4

"La libido des hommes est toujours supérieure à celle des femmes."

Amandine Roussel : Faux. C'est un stéréotype de genre très ancré mais scientifiquement infondé. De nombreuses femmes ont une libido très active, tandis que beaucoup d'hommes traversent des périodes de baisse de désir liées au stress ou à l'émotionnel. La libido est une affaire d'individu, de contexte et de santé, pas de sexe biologique. Cette croyance met une pression inutile sur les deux genres.

Idée reçue n°5

"Une panne au début signifie qu'on n'est pas compatibles."

Amandine Roussel : Faux. Au contraire, les pannes au début sont souvent dues à un excès de désir et à la pression de bien faire. Le cerveau envoie trop de signaux de stress, ce qui bloque la réponse physiologique. C'est souvent le signe que la personne vous plaît énormément ! En rire et passer à autre chose (caresses, tendresse) permet de débloquer la situation très rapidement.

Les 3 choses à retenir

1. Le désir est cyclique et non linéaire. Il est normal qu'il fluctue, même au sein d'une nouvelle relation. L'important n'est pas d'être toujours au sommet de la passion, mais de savoir maintenir le lien et la tendresse pendant les périodes de creux naturel, en évitant de transformer un décalage passager en crise identitaire.

2. La communication est le socle de l'érotisme. Oser parler de ses besoins, de ses limites et de ses plaisirs est le seul moyen de construire une intimité sur mesure. La parole doit être utilisée comme une invitation à la découverte mutuelle plutôt que comme une critique, permettant ainsi de transformer la chimie des débuts en une complicité durable.

3. Cultivez votre jardin secret pour mieux vous retrouver. Le désir a besoin d'altérité et d'autonomie pour s'épanouir. En restant une personne entière avec ses propres passions et son propre espace, vous maintenez le mystère et l'admiration nécessaires pour que votre partenaire continue d'avoir envie de vous conquérir chaque jour.

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FAQ — Désir et nouvelle relation

Non, il est fréquent que le désir évolue à des rythmes différents selon les partenaires, ce qui nécessite une communication ouverte plutôt qu'une comparaison anxieuse.

Selon Amandine Roussel, cette phase dite de « lune de miel » dure généralement entre six mois et deux ans avant de laisser place à une intimité plus stable mais différente.

Oui, une communication progressive et honnête sur les attentes évite les malentendus qui s'installent souvent silencieusement dans les premiers mois.

La sexologue recommande d'aborder le sujet sans dramatiser, en identifiant les causes possibles (stress, fatigue, rythme de vie) plutôt que de le vivre comme un rejet personnel.

Oui, la routine trop précoce peut réduire la tension désirante ; préserver des moments de nouveauté et d'autonomie individuelle aide à maintenir le désir dans la durée.